David Mercier, DGS du département de l’Eure jusque l’été 2021 a pris la tête du département de la Seine Maritime en septembre de la même année.

Directeur général des services au département de l’Eure (600 000 ha) depuis fin 2016, David Mercier a pris la tête du département de Seine Maritime, 1,2 million d’habitant en septembre 2021.

Interview de David Mercier dans le cadre de sa prise de fonction.

Cet ingénieur des mines télécom Lille Douais, que rien ne prédestinait à une carrière dans la territoriale, intègre donc sa 5 ème grosse collectivité, après avoir travaillé précédemment à la ville de Reims, Reims Métropole, le département D’Ille et Vilaine.

David Mercier bonjour, qu’est ce qui vous a motivé pour rejoindre le département de seine maritime ?

Bonjour, après 8 ans passés au service du département de l’Eure, j’ai pu bénéficier de cette opportunité. Une vraie progression car un territoire différent, avec deux fois plus d’habitants, une administration de 5300 agents (pour 2400 dans l’Eure) et un budget de 1,9 milliard d’Euros (pour 600 millions dans l’Eure), des problématiques liées au littoral.

Mais surtout pour le président Bertrand Bellenger et le projet qu’il propose. Car un job c’est 50% ce que l’on fait, et 50% avec qui on le fait (rire).

Dès mon arrivée en septembre je me suis donc attelé à la préparation du budget 2022, en mode collaboratif avec les directions ce qui m’a permis de rapidement découvrir la boutique de l’intérieur.

La feuille de route est très motivante : un projet ambitieux pour la population, avec 76 engagements à mettre en œuvre, une administration à moderniser, disposant de nombreux atouts.

Le département de Seine Maritime a été l’un des départements les plus endetté de France avec une dette frôlant les 1,3 milliards d’Euros, soit 1000 €/habitant pour une moyenne nationale à l’époque de 300€…..

Un effort de redressement exemplaire a été mené courageusement depuis 2015, je salue ici l’action de mon prédécesseur Jean Marie Caillaud. La dette a été ramenée à 865 millions d’€ soit une moyenne de 720€/ ha quand la moyenne nationale, elle, est passée à 500€/ha.

Des efforts restent à faire, même si des marges de manœuvre ont été retrouvées.

Vous avez un beau parcours dans la territoriale, pourquoi ce choix au départ ?

Ce choix n’était absolument pas prémédité, il y avait de la lumière, alors je suis entré (rire). Ingénieur télécom de formation initiale, j’ai commencé dans le privé, sociétés de services informatique, à l’heure des débuts d’internet. Autant vous dire que les choix professionnels étaient nombreux.

A l’époque je ne connaissais pas les collectivités mais l’opportunité d’intégrer la ville de Reims, de déployer un réseau de fibre optique dans toute l’agglomération et les nombreux projets qui m’ont été proposés m’ont tout de suite convaincu.

Les collectivités sont fantastiques sur ce point, je n’ai jamais regretté ce choix, de nombreux projets structurants pour les territoires sont portés par les collectivités, bien souvent méconnus des citoyens.

La performance dans le public, est une nécessité. Moins attractives que le privé pour les talents, les collectivités sont néanmoins une source d’expériences, de réalisations, de projets et de richesses humaines pourtant incroyables. Il y a un vrai enjeu de faire savoir, de travailler les marques employeurs, d’attractivité et de rémunérations pour attirer les compétences.

Quelles sont les qualités que doit posséder un DGS de gros département ?

Le DGS doit faire le lien entre le projet politique et l’administration. Il est garant du bon fonctionnement de celle-ci. C’est un ensemblier des politiques publiques, qu’il doit maîtriser, avoir un sens affûté de l’organisation, du management pour entraîner les équipes, et une solide maîtrise de la culture juridico administrative. C’est un métier exigeant.

Il doit incarner le changement, tout en préservant les acquis.

C’est également un métier exposé : à côté des hommes politiques, même en restant dans l’ombre, ils peuvent subir des pressions voire être attaqués personnellement parfois.

Pour ma part, je considère que l’humain doit rester au centre de nos préoccupations : 10 agents motivés et bien traités feront plus que 50 malmenés, mal considérés. J’ai des valeurs profondément humanistes, ce qui ne dispense pas d’être exigeant.

Je puise également beaucoup dans la philosophie des arts martiaux, que je pratique depuis mon adolescence. Les valeurs qui y sont enseignées me paraissent essentielles et m’aident au quotidien (respect, humilité, dépassement de soi…).

Cela peut surprendre mais il y a beaucoup à prendre, dans le cadre professionnel mais pas seulement. Une philosophie de vie.

Vous avez été décoré dans l’ordre national du mérite, pourquoi cette distinction ?

David Mercier DGS EURE
David Mercier DGS EURE

Tout d’abord j’ai été surpris de cette distinction, car je ne pensais faire que mon travail. Je ne sauve pas des vies (rire).

Cette distinction l’a été suite aux résultats obtenus dans le redressement des finances du département de l’Eure, mais également la conduite de projets tout au long de ma carrière, les schémas de mutualisation inédits que j’ai pu conduire avec le sdis par exemple mais aussi d’autres administrations, la reprise du projet de déploiement de la fibre optique dans l’Eure…..

J’ai été très honoré de cette remise.

Vous avez travaillé en ville, agglomération mais vos 3 dernières expériences en département. Quels sont les enjeux de ces derniers pour les prochaines années ?

Les départements ont démontré toute leur importance durant la crise sanitaire. Ils ont souvent été le bras armé de l’état ou d’autres structures pour assurer la gestion de crise, cela parait déjà loin mais ils ont été au cœur de l’assistance auprès des Ehpads, des communes, des habitants et des plus fragiles.

C’est le sens des départements : collectivité des solidarités ils ont en charge le RSA, l’aide sociale à l’enfance, les personnes âgées et handicapées, les routes départementales (5700 km de routes dans le 76), les collèges (108 collèges pour 60 000 collégiens en Seine Maritime)  mais aussi, les politiques liées à l’habitat, l’environnement, la culture, des ports, le soutien aux communes, la prévention de la radicalisation……

Bref des compétences diversifiées au service de la cohésion des territoires.

Les prochaines années vont constituer des enjeux majeurs pour les départements. La guerre en Ukraine, la sortie de crise covid, fracturent notre société. Il faut être présents pour aider les plus fragiles.

Les aider à s’insérer socialement et à trouver des emplois pour les bénéficiaires du RSA, aider et réparer les enfants pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, en leur donnant un maximum de chances pour leur construire un avenir, assurer les meilleures conditions d’éducations dans les collèges.

Anticiper le vieillissement des populations, et donner toutes les conditions pour le « bien veillir », finaliser la construction des réseaux fibre optique et développer les usages….. Parmi les grands défis il y aura les défis énergétiques notamment.

Par ailleurs le paradoxe est que les ressources des départements sont très liées à l’activité économique quand la structuration des dépenses sociales, elle, s’envolent en période de crise. C’est un paradoxe pour lequel il faut anticiper et se préparer. Il y aura immanquablement la notion du remboursement du quoiqu’il en coûte, qui a permis de passer la crise covid, les collectivités auront assurément à y prendre leur part.

Que retenez vous de ces années passées au service des élus ?

J’ai eu beaucoup de chance car j’ai pu travailler avec des élus de très grande qualité, Clément Théodin en Ille et Vilaine, Alfred Recours, Sébastien Lecornu dans l’Eure, avec Pascal Lehongre, et actuellement avec Bertrand Bellenger. Tous différents dans leurs approches, mais toujours avec un sens de l’intérêt général sans faille, une probité exemplaire, une exigence réelle.

Ce sont des personnes investies, qui donnent énormément de leur personne, avec il faut le dire, pas toujours le niveau de reconnaissance mérité. A l’époque de l’élu bashing, (et du bashing tout court) les élus peuvent subir une pression médiatique, sont parfois salis injustement…. Ce sont des cibles.

Pourtant c’est oublier le sacrifice de vie privé qu’ils concèdent pour l’intérêt des citoyens.

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