L’Europe lance son « Chips Act 2.0 » pour reconquérir sa souveraineté dans les semiconducteurs. Cette nouvelle version vise à réduire la dépendance aux puces asiatiques et américaines, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.
Le continent européen accélère sa stratégie de reconquête industrielle dans les semiconducteurs. Après le premier Chips Act adopté en 2023, Bruxelles prépare une version renforcée de son plan pour réduire la dépendance technologique vis-à-vis de l’Asie et des États-Unis.
Un secteur stratégique dominé par l’Asie depuis vingt ans
La production mondiale de puces électroniques s’est massivement délocalisée vers l’Asie au cours des deux dernières décennies. Taïwan et la Corée du Sud contrôlent aujourd’hui plus de 70 % de la fabrication mondiale, laissant l’Europe dans une position de vulnérabilité critique. Cette concentration géographique a révélé ses limites lors des pénuries de 2021-2022, qui ont paralysé l’industrie automobile européenne pendant des mois.
Les tensions autour de Taïwan et les restrictions américaines sur les exportations technologiques vers la Chine ont amplifié l’urgence stratégique. L’Europe ne peut plus se contenter d’être un marché de consommation : elle doit redevenir un acteur de la production.
Les limites du premier Chips Act européen
Le Chips Act initial, doté d’un budget de 43 milliards d’euros, visait à doubler la part européenne dans la production mondiale d’ici 2030. Mais les premiers retours d’expérience révèlent des insuffisances structurelles : délais d’autorisation trop longs, coordination insuffisante entre États membres, concurrence déloyale des subventions asiatiques.
Face à ces constats, la Commission européenne prépare une version « 2.0 » qui entend corriger ces défauts. L’objectif reste inchangé : faire de l’Europe un pôle de production autonome, capable de sécuriser ses approvisionnements en cas de crise géopolitique.

Rattraper le retard face à la concurrence mondiale
Cette course à la souveraineté technologique s’intensifie à l’échelle planétaire. Les États-Unis ont voté leur propre Chips Act à 52 milliards de dollars en 2022, attirant déjà plusieurs investissements majeurs sur leur territoire. La Chine, de son côté, multiplie les programmes de soutien à ses champions nationaux malgré les sanctions occidentales.
L’Europe part avec un handicap : ses écosystèmes industriels sont fragmentés entre 27 pays, là où ses concurrents bénéficient de stratégies nationales coordonnées. Le « Chips Act 2.0 » devra donc non seulement mobiliser des financements, mais aussi harmoniser les approches nationales pour créer une filière européenne intégrée.
Cette révision intervient à un moment charnière. Les investissements dans les semiconducteurs exigent des cycles longs — entre cinq et dix ans — et des montants colossaux. Chaque année de retard compromet un peu plus les ambitions européennes de reconquête technologique dans ce secteur vital pour l’industrie du futur.
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